Actualités

Toutes les actualités
Télécharger la fiche

Le prurit cervico-facial chez le chat

Le prurit cervico-facial est un syndrome dermatologique spécifique de l’espèce féline. Comme son nom l’indique, il s’agit de démangeaisons importantes (déclenchant un besoin impératif de se gratter) au niveau de la tête et du cou, parfois de la nuque, qui entraînent des lésions souvent spectaculaires. La détermination de son origine demande une démarche diagnostique rigoureuse. Les chats de tout âge, de toute race et des deux sexes peuvent être atteints.

Pourquoi la tête et le cou sont-ils atteints préférentiellement ?

Plusieurs raisons expliquent la localisation particulière des lésions :

  • Au niveau de la tête et du cou, les poils sont généralement courts, voire absents. La peau de cette zone est donc moins protégée et plus sensible aux agressions d’agents physiques, chimiques et aux radiations solaires ;
  • Les glandes sébacées y sont nombreuses, autour des lèvres en particulier. Leurs sécrétions forment sur la peau une couche grasse propice au développement de germes ;
  • Les sécrétions lacrymales, nasales et salivaires sont à l’origine d’une humidité permanente également favorable au développement de germes ;
  • Des maladies localisées au départ à la bouche, aux yeux, au nez ou aux oreilles peuvent s’étendre au reste de la tête et au cou ;
  • La face est une zone de contact importante entre les individus et d’exploration de l’environnement (yeux, bouche, oreilles), ce qui favorise les blessures, la transmission de parasites et les infections.

Comment se manifeste le prurit cervico-facial (PCF) ?

Rappel : la peau est constituée de trois couches de tissus : l’épiderme (couche superficielle), le derme (couche intermédiaire) et l’hypoderme (couche profonde).

Le chat atteint de PCF présente dans un premier temps un érythème (rougeur de la peau), des érosions cutanées (perte de substance au niveau de l’épiderme), des excoriations (écorchures dues au grattage), des ulcérations (perte de substance, plus profonde que l’érosion, qui entame le derme et peut atteindre l’hypoderme et au-delà) et/ou une alopécie (perte de poils).

Dans un second temps, on note des croûtes, une lichénification (épaississement de la peau) et/ou une hyperpigmentation (apparition de taches foncées sur la peau).

Le chat se gratte souvent jusqu’au sang. Les mutilations peuvent être impressionnantes.

Toutes ces lésions ne sont pas spécifiques, ce qui rend le diagnostic de PCF difficile à établir.

L’évolution se fait généralement par poussées, entrecoupées de phases de rémission plus ou moins longues. Mais les lésions peuvent apparaître brutalement et s’étendre rapidement à toute la tête et au cou. Quelquefois, le propriétaire du chat ne s’aperçoit pas que son chat se démange avant que les lésions n’apparaissent. En effet, dans l’espèce féline, il est difficile de différencier un comportement de toilettage particulièrement soigneux, mais normal, et des démangeaisons ou un léchage excessif. De plus, le chat ne se gratte pas forcément pour apaiser ses démangeaisons : il peut se lécher, se frotter sur les meubles ou se mordiller.

Quelles sont les causes possibles de PCF ?

Le prurit cervico-facial est un syndrome, c’est-à-dire un ensemble de symptômes communs à plusieurs maladies. Face à un chat atteint de PCF, trois pistes doivent être explorées : les causes infectieuses, les causes allergiques et les causes psychologiques ou autres.

Causes infectieuses

Dermatoses bactériennes : prolifération bactérienne de surface ou pyodermite superficielle. Elles sont souvent secondaires à une autre affection, on parle de surinfections bactériennes ;

Dermatoses fongiques : dermatophytose (teigne) ou malasséziose ;

Dermatoses parasitaires : infestation par des poux, des puces, des cheylétielles, des aoûtats, gale du corps ou des oreilles, démodécie.

Certains virus et des otites moyennes peuvent également être évoqués.

Causes allergiques

Dermatite par hypersensibilité aux piqûres de puce ;

Allergie alimentaire : intolérance aux allergènes présents dans l’alimentation ;

Allergie de contact : réaction aux allergènes pénétrant par voie cutanée. Il peut s’agir de piqûres de moustique, acariens, plantes, textiles, métal, plastique, traitement topique (antiparasitaire externe, huile essentielle, shampoing), etc.

Causes psychologiques ou autres

Si aucune cause infectieuse ou allergique ne peut être mise en évidence, il faut envisager une cause psychologique (stress, anxiété). Dans ce cas, le PCF s’accompagne souvent de symptômes généraux de type diarrhée, vomissements, augmentation du rythme cardiaque, etc.

Enfin, seront recherchés un intertrigo (affection des plis) chez les races brachycéphales, une dermatite faciale idiopathique chez le Persan, une maladie auto-immune à expression cutanée (pemphigus foliacé par ex.), un carcinome épidermoïde chez les chats blancs ou aux oreilles non pigmentées, etc.

Que faire face à un chat atteint de PCF ?

La démarche du vétérinaire est généralement la suivante :

  • Il recueille l’anamnèse : âge du chat, mode d’alimentation, mode de vie (intérieur/extérieur, seul/avec d’autres animaux…), circonstances d’apparition des lésions (apparition brutale ou progressive), saisonnalité des symptômes, rythme d’administration des traitements antiparasitaires, etc. ;
  • Il peut ensuite éliminer rapidement certaines causes : allergie de contact (apparition des symptômes correspondant à la mise en place d’un collier antiparasitaire ou au changement de moquette ou de nettoyant ménager par exemple), allergie aux piqûres de puce (brossage et peignage mettant en évidence des puces ou leurs déjections), infestation parasitaire (observation directe pour les aoûtats et les œufs de cheylétielles), otite… ;
  • Si aucune cause évidente n’apparaît, il pratique des examens complémentaires, du plus simple au plus élaboré. On peut citer : calque cutané et/ou culture bactérienne avec antibiogramme pour rechercher une origine bactérienne / lampe de Wood, trichogramme (observation des poils au microscope) et/ou culture fongique pour une recherche de teigne / raclages cutanés profonds pour rechercher des Demodex ou des Sarcoptes (agents de la gale) / biopsie en cas d’une hypothèse de tumeur / IRM pour rechercher une otite moyenne / consultation avec un vétérinaire spécialiste du comportement… 

Le délai d’obtention des résultats peut être long. Par exemple, le régime d’élimination (suivi éventuellement d’un test de provocation) pour la mise en évidence d’une allergie alimentaire demande au moins deux mois de suivi. En attendant les résultats, il est possible de mettre en place un traitement d’urgence visant à réduire la douleur (due initialement aux démangeaisons, puis aux lésions que le chat s’auto-inflige) au moyen d’anti-inflammatoires, souvent associés à des antibiotiques et des soins locaux lorsque les lésions sont surinfectées.

> Le vétérinaire conseille généralement de faire porter une collerette au chat, en attendant les résultats définitifs et pendant toute la durée du traitement. En effet, les lésions ne pourront pas cicatriser si le chat continue de se gratter. Le port de la collerette est souvent une épreuve pour le chat et son propriétaire, mais c’est un élément indispensable du traitement. Si le chat n’accepte pas la collerette, on peut essayer de lui faire porter un bandana autour du cou et/ou des chaussettes aux pattes.

Un traitement est-il possible ?

Lors de dermatose prurigineuse chez le chat, l’administration de corticoïdes est souvent le traitement de première intention utilisé. Elle permet d’obtenir une régression temporaire des lésions mais n’empêche pas les rechutes à l’arrêt du traitement car les corticoïdes ne soignent pas la cause du prurit, seulement les symptômes. Son utilisation récurrente est donc à éviter. L’identification précise de la cause prurigineuse est préférable.

Une fois l’origine du PCF identifiée, un traitement spécifique « au cas par cas », à suivre rigoureusement (respect des posologies et de la durée du traitement) peut être mis en place :

  • Si la cause du PCF est infectieuse, un traitement antibiotique, antiparasitaire ou antifongique permet en général une guérison définitive ;
  • Les traitements hygiéniques (antiparasitaire externe, alimentation, environnement) sont toujours nécessaires. Ils traitent quelquefois directement la cause du prurit et peuvent également diminuer le seuil de sensibilité ;
  • L’efficacité des traitements antiallergiques (désensibilisation) chez le chat est assez aléatoire. En revanche, un régime d’éviction en cas d’allergie alimentaire est toujours efficace.

La guérison d’un PCF n’est jamais définitive, sauf si la cause est infectieuse. Pour les causes allergiques en particulier, une vigilance est nécessaire tout au long de la vie de l’animal. En cas de récidive, plus la reprise du traitement est précoce, moins les lésions sont importantes. Toutes les mesures hygiéniques doivent être maintenues à vie.

Le prurit cervico-facial est une affection fréquente chez le chat. L’identification de la cause prurigineuse est une étape indispensable à la mise en place d’un traitement adapté, qui peut être long et contraignant. Les récidives ne sont pas rares, surtout si l’origine du prurit n’était pas d’origine infectieuse, les lésions pouvant réapparaître en quelques heures.